Faisons un peu plus de ‘wu wei’ au lieu de réguler inutilement

Faisons un peu plus de ‘wu wei’ au lieu de réguler inutilement

Début février, en collaboration avec Agoria et les autres opérateurs télécoms, nous avons appelé à un ‘New Deal’. Nous voulons continuer à investir massivement dans les réseaux et services digitaux, mais demandons au gouvernement de créer le cadre approprié à cette fin. Quelques semaines seulement après cet appel, il est désolant de constater que le déploiement de la technologie 5G dans notre capitale est menacé par la stricte norme d’émission bruxelloise – qui avait d'ailleurs déjà entravé le déploiement de la 4G. Si nous voulons maintenir notre pays parmi les leaders européens des télécoms, nous ne pouvons pas nous permettre de continuer à tergiverser.

Et c’est ici que le ‘wu wei’ vient à point nommé. Quèsaco ? Il s'agit d'un concept philosophique du taoïsme. Littéralement, le principe peut être traduit par 'non-agir' ou 'agir sans agir'. Manuel Kohnstamm, Chief Corporate Affairs Officer chez Liberty Global, l’entreprise mère de Telenet, l'a utilisé l'an dernier dans un de ses discours clés sur la régulation du secteur des télécoms. Et il a raison. ‘Ne rien faire’ peut parfois être une technique efficace pour accomplir quelque chose de grand.

« Il y a un point que les géants actuels de l'internet ont en commun : ils ont découvert de nouvelles opportunités liées à Internet, lorsqu’il n'y avait pratiquement aucune règle »déclare Kohnstamm.  « L'absence de mesures politiques a justement généré des éléments nouveaux et disruptifs. » C'est un bel exemple de wu wei. Le monde des entreprises est capable de bonnes choses, mais il est parfois entravé par des règles bien intentionnées qui n'ont pas toujours l’effet désiré.

Bien sûr, il doit y avoir une réglementation prévenant le chaos ou les problèmes. Mais dans le secteur des télécoms, le droit belge de la concurrence est déjà particulièrement étendu et les distorsions de concurrence sont aussi combattues efficacement. Les consommateurs belges sont très bien protégés et la concurrence est plus que jamais encouragée, comme en témoigne Easy Switch par exemple.

Faisons donc aussi un peu plus de wu wei en Belgique. C'est un peu comme l'éducation des enfants : les laissez-vous grimper dans un arbre, au risque qu'ils tombent, mais apprennent à grimper ? Ou bien leur dites-vous d'emblée : « Ne grimpez pas dans l'arbre ! », pour qu'ils ne tombent jamais, mais n'apprennent jamais à grimper ?

Giga investissements

Il ne fait aucun doute que des mesures importantes doivent être prises dans le secteur des télécoms. L'utilisation du volume de données continue de croître de façon exponentielle et le nombre d'appareils connectés va tripler d'ici 2020 grâce à l'Internet des Objets. L'Union européenne s'est donc fixé trois objectifs majeurs d'ici 2025 pour préparer l'Europe à un réseau Giga : toutes les familles doivent avoir accès à un réseau offrant une vitesse Internet de 100 Mbps et prêt à passer à 1 Gbps. Les écoles, universités, centres de recherche, hubs de transport, hôpitaux et autorités publiques doivent également pouvoir atteindre une vitesse Internet de 1 Gbps. Et dans toutes les zones urbaines, sur les routes principales et les liaisons ferroviaires, la 5G doit être possible d'ici là.

La Commission européenne a calculé que ces investissements coûteraient pas moins de 500 milliards d'euros. Cet argent devra venir en très grande partie d'entreprises privées. À cet égard, il est très regrettable de voir comment certaines entités fédérées et le régulateur belge des télécoms créent un climat d'investissement défavorable en compliquant le déploiement de la 5G dans notre capitale et en imposant des règles de plus en plus strictes sur l'accès de gros au câble.

Leur régulation est en contradiction avec la politique du gouvernement fédéral et de la Commission européenne, qui entend justement stimuler les investissements pour maintenir la Belgique en tête du peloton européen sur le plan de la digitalisation.

Plus d’impact grâce au wu wei

Dans notre pays, nous mettons cependant tout en œuvre afin de pouvoir rivaliser avec les meilleurs. En 2016, le secteur des télécoms a investi pas moins de 1,6 milliard d'euros, soit environ 217 euros par habitant. Une étude d'Arthur D. Little de 2017 montre que chaque euro investi dans des réseaux a généré un PIB de 4 à 8 euros. Le secteur des télécoms est l'un des principaux moteurs de l'économie belge. Rien que chez Telenet, nous investissons environ déjà 25 % de notre chiffre d'affaires. De cette façon, le secteur a également un impact majeur sur l'emploi. En effet, chaque emploi dans le secteur des télécoms crée 1,3 emploi indirect à l'appui du secteur.

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Les autorités de surveillance et les décideurs politiques se focalisent souvent uniquement sur les prix à la consommation comme mesure du succès et de la concurrence. Mais ce n'est que de la pensée à court terme. Pour rester pertinents, nous avons besoin de concurrence en matière d'innovation et d'investissement. C’est la seule manière d’avoir de la concurrence au niveau des prix. Mais une chose est claire : il est difficile d'avoir à la fois la meilleure infrastructure d’Europe et le prix le plus bas.

D’où le wu wei. S’abstenir de certaines actions en tant que gouvernement permet parfois de créer plus d'impact qu'imposer constamment des règles. Passer continuellement d'une régulation à l’autre n'est pas une bonne idée. Si nous voulons continuer à investir, la stabilité régulatoire est nécessaire. De plus, il est également inutile d'imposer des règles plus strictes au niveau micro, car on n'empêche pas le progrès. On peut toutefois louper le coche.

 Sources :

par Ann Caluwaerts Chief Corporate Affairs at Telenet